Le Théâtre

en France au dix-neuvième siècle




Au début du dix-neuvième siècle, le théâtre français a atteint la fin de sa période classique, celle établie par Corneille, Molière, Racine, Regnard, Marivaux, Beaumarchais et quelques douzaines d'autres dramaturges. Les genres sont établis et inaltérables, la règle des trois unités est inamovible, personne prétendant faire du théâtre sérieux n'innove plus sur scène. Les genres abordés à l'époque de la Révolution et sous Napoléon sont surtout la tragédie, le mélodrame et l'opéra-comique et parmi les grands noms du théâtre d'alors on trouvera Pigault-Lebrun1, Jean-Nicolas Bouilly2, Victor-Joseph Étienne de Jouy3, Louis-Benoît Picard4, Népomucène Lemercier5, Sewrin6, René de Chazet7, Emmanuel Dupaty8, Théophile Marion Dumersan9, Victor Ducange10, Frédéric Dupetit-Méré11 et surtout René-Charles Guilbert de Pixerécourt12. Puis, sous la Restauration, viendront les romantiques.

C'est le romantisme qui, sous l'influence de Schiller, de Shakespeare et des mélodrames de gens comme Pixerécourt, va renouveler le théâtre en supprimant la règle des trois unités et en effectuant le mélange des genres, dans ce qu'on va appeler le drame romantique. Alfred de Musset et Alfred de Vigny sont des grands noms du théâtre romantique et si Alexandre Dumas est bien connu comme romancier, c'est en fait comme dramaturge romantique qu'il a commencé sa carrière littéraire. Honoré de Balzac, George Sand et Prosper Mérimée ont aussi écrit pour la scène. Cependant le maître théâtral du mouvement romantique est bien sûr Victor Hugo et la bataille d'Hernani, de la pièce éponyme, sera la victoire romantique au théâtre, mais elle sera de courte durée.

Bientôt les drames romantiques seront concurrencés et même vaincus par ceux de l'École du bon sens, avec notamment François Ponsard et Lucrèce, son grand succès. Ayant débuté avant la vague romantique, Eugène Scribe, le maître du drame bourgeois, connaîtra avec lui un succès bien plus durable que celui de Victor Hugo, du moins à court terme. À sa suite, Casimir Delavigne, Jacques-François Ancelot13, Ernest Legouvé, Adolphe Dennery, Émile Augier, Octave Feuillet, Alexandre Dumas fils, Victorien Sardou et Émile Bergerat cumuleront les succès au théâtre, mais souvent sur un ton plus comique que dramatique. Même Jules Verne14 a écrit pour le théâtre.

Si le drame romantique était le plus souvent écrit par un seul auteur, le drame bourgeois ne l'était pas souvent et le théâtre en général était fréquemment le travail d'écrivains spécialisés produisant, souvent en collaboration et presque à la chaîne, des drames, des mélodrames, des vaudevilles et des opérettes, parfois des adaptations de romans à succès, une oeuvre commerciale et de consommation immédiate, qui devait se renouveler dans les thèmes, mais pas dans les genres.

On retrouve ici des grands noms que vous n'avez peut-être jamais entendus et desquels vous n'avez très probablement jamais vu aucune pièce, des écrivains comme Moreau de Commagny15, Jean-Toussaint Merle16, Alexis Wafflard17, Emmanuel Théaulon18, Violet d'Epagny19, Benjamin Antier20, Mélesville21, Armand d'Artois22, Fulgence de Bury23, Germain Delavigne24, Antony Béraud25, Alexis Decomberousse26, Louis-Émile Vanderburch27, Amable de Saint-Hilaire28, Félix-Auguste Duvert29, Ramond de la Croisette30, Jean-François Bayard31, Frédéric de Courcy32, Pierre Carmouche33, Charles Dupeuty34, Saintine35, Gabriel de Lurieu36, Ferdinand de Villeneuve37, Jules Cordier38, Moléri39, Léon Halévy40, Adolphe de Leuven41, Ernest Jaime42, Augustin de Lauzanne43, Dumanoir44, Anicet-Bourgeois45, Michel Delaporte46, les frères Cogniard47, Félix Dutertre de Véteuil48, Eugène Moreau49, Xavier Veyrat50, Saint-Yves51, Eugène Grangé52, Eugène Cormon53, Clairville54, Marc-Michel55, Paul Siraudin56, Édouard Brisebarre57, Jules Moinaux58, Eugène Nus59, Ferdinand Dugué60, Alfred Delacour61, Adolphe Choler62, Théodore Barrière63, Édouard Martin64, Lambert-Thiboust65, Edmond Gondinet66, Émile de Najac67, Hector Crémieux68, Adolphe Belot69, Édouard Pailleron70, Alfred Hennequin71, Paul Delair72, Alphonse Lemonnier73, Albert de Saint-Albin74 Alexandre Bisson75 et Pierre Decourcelle76.

Étrangement, les écrivains qui faisaient de la comédie semblent avoir mieux passé à la postérité que ceux s'adonnant au drame et quelques-uns sont encore joués, comme Eugène Labiche et Georges Feydeau, mais plusieurs autres, comme Meilhac et Halévy, Grenet-Dancourt, Commerson, Georges Courteline, Henry Monnier ou Alfred Capus, ne le sont peut-être plus, sauf s'ils ont écrit pour Offenbach. Edmond Rostand, probablement le dernier auteur de drames romantiques, est un des rares dramaturges de cette époque ne faisant pas de pièces de boulevard que nous voyons encore.

Si on additionnait toute la production théâtrale de ces auteurs, ce que je ne ferai pas, on arriverait peut-être à quelque chose comme deux mille pièces, ce qui sur cent ans nous donne une vingtaine de pièces par année, mais il y en avait certainement plus que ça. Pourquoi autant? C'est qu'il y avait un marché. Au dix-neuvième siècle, il n'y a pas de radio, ni de télévision. À la maison, le loisir principal est probablement la lecture, soit ce qui est publié dans les journaux ou les revues, soit ce qu'on emprunte aux cabinets de lecture. Au dehors, le dimanche on va peut-être à la campagne, le reste du temps sur les boulevards ou les Champs-Élysées. On va au café, au cabaret, au café-concert... au restaurant si on est riche, à la guinguette si on est pauvre... au bal, au cirque, au panorama, au cercle où on joue, au bordel où on... mais surtout on va au théâtre, à l'opéra, au ballet et au concert. Il y a des dizaines de théâtres à Paris77, d'autres ailleurs aussi. Les gens riches louent des loges, la classe moyenne est au parterre et la classe populaire au balcon. Les acteurs et les actrices sont souvent des vedettes, comme Talma, Frédérick Lemaître, Mademoiselle Rachel, les frères Coquelin, Sarah Bernhardt, Emma Calvé, Levassor, Réjane, Virginie Déjazet, Léontine Fay, Julia Bartet ou Marie Dorval, et les critiques fameux, comme Francisque Sarcey ou Jules Lemaître, peuvent faire ou défaire une pièce d'un article de journal.

Il y aura en parallèle de tout cela toute une série d'écrivains littéraires qui feront du théâtre au dix-neuvième siècle, des gens de l'école naturaliste, d'autres de l'école symboliste, des écrivains sérieux, respectés et reconnus, qui seront joués au Théâtre-Libre d'Antoine ou au Théâtre de l'Oeuvre, mais outre que ces théâtres seront surtout hantés par les russes et les scandinaves, ces écrivains n'étaient pas principalement des dramaturges. C'étaient des romanciers, comme Mirbeau et Zola, quoi que ce dernier ait collaboré avec William Busnach78, un homme de théâtre, ou des poètes, comme Maurice Maeterlinck, et parfois les deux, comme Jean Richepin, s'adonnant au théâtre et parfois avec beaucoup de talent. Trois exceptions dans ce domaine seront François de Curel79, Henry Becque et Alfred Jarry, qui se consacreront principalement au théâtre et tenteront de le renouveler. Tous ces écrivains auront une influence certaine sur le théâtre littéraire du vingtième siècle. De leur côté, Georges de Porto-Riche80, Henri Lavedan81 et Léon Gandillot82 sont des dramaturges s'adonnant au roman ou à la poésie.

Il y a enfin toute une génération de dramaturges dont la carrière commencée à la fin du dix-neuvième siècle s'étendra jusqu'aux années vingt et trente, d'abord des vaudevillistes, auteurs de pièces de boulevard, comme Maurice Donnay, Maurice Hennequin, Pierre Wolff, Tristan Bernard, Georges Berr, Marcel Gerbidon, Henry de Gorsse, Pierre Veber, Gaston Arman de Caillavet et son collaborateur Robert de Flers, Nicolas Nancey, Paul Armont, André Barde, Yves Mirande ou Francis de Croisset, ensuite André de Lorde, qui était joué au Théâtre du Grand-Guignol, et d'autres qui n'ont commencé leur carrière qu'au début du vingtième siècle, comme Henri Bernstein et Édouard Bourdet.

1 - Charles-Antoine-Guillaume Pigault de l'Épinoy, dit Pigault-Lebrun (1753-1835) était un romancier et dramaturge qui au théâtre semble n'avoir écrit que des comédies.
2 - Jean-Nicolas Bouilly (1763-1842), dramaturge et librettiste, ayant entre autre travaillé pour Grétry, Cherubini, Méhul et Dalayrac, il a écrit plus de trente pièces ainsi que des contes et des souvenirs.
3 - Joseph Étienne, dit Étienne de Jouy (1764-1846) était un dramaturge et un librettiste (ayant entre autre écrit Guillaume Tell pour Rossini), un journaliste et un chansonnier membre du Caveau.
4 - Louis-Benoît Picard (1769-1829) a écrit une centaine de comédies de moeurs, dont La Petite Ville (1801), Monsieur Musard (1803) et Les Marionnettes (1806).
5 - Népomucène Lemercier (1771-1840) a surtout été actif et fameux avant l'Empire, mais son poème en seize chants, La Panhypocrisiade, ou la comédie infernale du XVIème siècle (1819) est un des textes fondateurs du Romantisme en France.
6 - Sewrin (1771-1853), pseudonyme de Charles-Augustin Bassompierre, est l'auteur d'au moins une cinquantaine de pièces de théâtre, plusieurs en collaboration avec Chazet et Dumersan, d'une quinzaine de livrets d'opéra, entre autres sur des musiques de Jean-Pierre Solié, Rodolphe Kreutzer, François-Adrien Boieldieu et Ferdinand Hérold, et de quelques romans.
7 - René de Chazet (1774-1844) qui, selon Wikipédia, a écrit quatre cent trente-six pièces qui furent représentées dans les plus grands théâtres parisiens, beaucoup en collaboration avec Sewrin.
8 - Louis Emmanuel Dupaty (1775-1851), dramaturge et chansonnier qui semble s'être consacré à la comédie et à l'opéra-comique.
9 - Théophile Marion Dumersan (1780-1849) a écrit plus d'une cinquantaine de vaudevilles, son plus grand succès semblant avoir été Les Saltimbanques. Il a collaboré notamment avec Désaugiers, Mélesville et Scribe.
10 - Victor Henri-Joseph Brahain Ducange (1783-1833) était romancier et auteur dramatique, surtout auteur de mélodrames, comme La Maison du Corrégidor, ou Ruse et malice (1819) ou Trente ans, ou la Vie d’un joueur (1827).
11 - Pierre-Frédéric Dupetit-Méré (1785-1827), auteur de dizaines de mélodrames et de vaudevilles, comme L’Homme de la Forêt noire (1809) ou La Grotte de Fingal, ou le Soldat mystérieux (1815).
12 - René-Charles Guilbert de Pixerécourt (1773-1844) est, avec ses mélodrames, l'auteur à succès de son époque, avec entre autres Victor, ou l'Enfant de la forêt (1798), Coelina ou l'Enfant du mystère (1800) ou L’Homme à trois visages (1801). On a dit de lui qu'il était le père du mélodrame et le Corneille des Boulevards. Son nom est aussi écrit Pixérécourt.
13 - Jacques-François Ancelot (1794-1854) écrivit tant des tragédies que des vaudevilles, ainsi que de la poésie et un roman.
14 - Jules Verne a écrit une quarantaine de pièces, incluant des opéras-comiques et des opérettes, plusieurs seul, mais aussi en collaboration avec Charles Wallut (1829-1899), Michel Carré (1821-1872) et Adolphe d'Ennery.
15 - Charles-François-Jean-Baptiste Moreau de Commagny (1783-1832), de son vrai nom Antoine-François-Jean Moreau, a utilisé plusieurs prénoms pour signer ses oeuvres et a écrit environ soixante-dix pièces, presque toutes en collaboration.
16 - Jean-Toussaint Merle (1785-1852) a écrit, presque toujours en collaboration, plus de cent vingt pièces, a été journaliste et le mari de l'actrice Marie Dorval.
17 - Alexis Wafflard (1787-1824), dont le nom est parfois écrit Vafflard, a écrit une dizaine de pièces, la plupart en collaboration, souvent avec Fulgence de Bury et Charles-François-Jean-Baptiste Moreau de Commagny.
18 - Emmanuel Théaulon (1787-1841) a écrit, seul ou en collaboration, plus de trois cents pièces, notamment Kean, ou Désordre et génie (1836) avec Frédéric de Courcy et Alexandre Dumas.
19 - Jean-Baptiste-Rose-Bonaventure Violet (1787-1868) a écrit des pièces par dizaines, mais semble n'avoir pas collaboré autant que certains de ses confrères.
20 - Benjamin Chevrillon dit Benjamin Antier (1787-1870) a écrit, habituellement en collaboration, des dizaines de pièces, la plus fameuse étant L'Auberge des Adrets.
21 - Anne-Honoré-Joseph Duveyrier dit Mélesville (1788-1865) a écrit des pièces notamment avec Eugène Scribe, Roger de Beauvoir et Eugène Labiche.
22 - Armand d'Artois (1788-1867), outre qu'il était le frère des dramaturges Achille d'Artois (1791-1868) et Théodore d'Artois (1786-1845) et que son fils (1847-1912) a fait carrière au théâtre sous le même nom, a écrit sous différents pseudonymes environ deux cent cinquante pièces.
23 - Fulgence de Bury (1789-1845) a écrit, souvent en collaboration, une vingtaine de pièces.
24 - Germain Delavigne (1790-1868) était un dramaturge, un collaborateur de son ami Scribe, un librettiste d'opéra, ayant travaillé avec Auber, Meyerbeer, Halévy et Gounod, et le frère de Casimir Delavigne.
25 - Antoine-Nicolas Béraud dit Antony Béraud (1791-1860) était poète, chansonnier et dramaturge. Au début de sa carrière, il semble s'être surtout consacré au mélodrame. Ensuite il a surtout fait des drames, mais aussi quelques comédies.
26 - Alexis Decomberousse (1793-1862) a écrit seul ou en collaboration avec certains des plus fameux dramaturges de l'époque, comme Scribe, Ancelot ou Antier, environ soixante-dix pièces.
27 - Louis-Émile Vanderburch (1794-186) a écrit plus d'une centaine de pièces, la plupart des vaudevilles.
28 - Amable de Saint-Hilaire, né en 1795 et mort vers 1865, est l'auteur d'une cinquantaine de pièces, presque toutes en collaboration, des gens comme Auguste Duport (1777-1843), Emmanuel Lepeintre (1790-1847), Edmond Crosnier (1792-1867) ou Constant Ménissier (1794-1878).
29 - Félix-Auguste Duvert (1795-1876) a écrit des dizaines de pièces, la plupart en collaboration, surtout avec son gendre Augustin de Lauzanne.
30 - Ramond de la Croisette (1796-1849) a écrit, souvent en collaboration, une vingtaine de pièces.
31 - Jean-François Bayard (1796-1853) a surtout écrit des vaudevilles, comme Le Gamin de Paris (1836), en collaboration avec Émile Vanderburch, et Madame et Monsieur Pinchon (1837), avec Adolphe d'Ennery et Dumanoir.
32 - Frédéric de Courcy (1796-1862), qui était aussi chansonnier, a écrit des vaudevilles avec notamment Jean-Toussaint Merle, Pierre Carmouche et Emmanuel Théaulon.
33 - Pierre Carmouche, né en 1797 et mort en 1868, a écrit plus de deux cent cinquante pièces, comédies, vaudevilles et opéras-comiques à succès, en collaboration avec notamment Dumersan et Mélesville.
34 - Charles Dupeuty (1798-1865) auquel on doit, selon Wikipédia, de nombreuses pièces qui ont été jouées dans les plus grands théâtres parisiens du XIXe siècle.
35 - Saintine, de son vrai nom Joseph Xavier Boniface (1798-1865), a écrit de la poésie, des romans et environ deux cent pièces de théâtre, souvent en collaboration, notamment avec Scribe, sous plusieurs variations de son nom, comme X.B. Saintine, Joseph Xavier Saintine ou Xavier.
36 - Gabriel de Lurieu (1799-1889) a surtout écrit des pièces en collaboration, notamment avec Emmanuel Théaulon.
37 - Ferdinand de Villeneuve (1801-1858) a écrit une centaine de pièces, le plupart en collaboration, notamment avec Charles Dupeuty.
38 - Éléonore Tenaille de Vaulabelle (1801-1859) publia ses romans sous le pseudonyme d'Ernest Desprez et toutes ses pièces sous celui de Jules Cordier (Wikipédia), des dizaines de comédies, plusieurs écrites en collaboration avec Clairville.
39 - Moléri, de son vrai nom Hippolyte-Jules Demolière (1802-1877) a été romancier feuilletoniste et auteur dramatique, notamment pour des comédies vaudevilles, dont le collaborateur le plus important semble avoir été Charles Henri Ladislas Laurençot (1805-1862).
40 - Léon Halévy (1802-1883), outre qu'il était journaliste, poète et historien, a écrit une trentaine de pièces, dans à peu près tous les genres de l'époque.
41 - Adolphe de Leuven (1802-1884) est l'auteur de plus de 170 pièces et livrets d'opéras et d'opéras-comiques (Wikipédia), dont Le Postillon de Lonjumeau pour Adolphe Adam (1836), et a écrit des vaudevilles avec Alexandre Dumas.
42 - Jean-François Gem dit Ernest Jaime (1804-1884) était aquarelliste, lithographe, historien d'art et auteur dramatique. Il a écrit une cinquantaine de pièces, presque toutes en collaboration. Son fils, Adolphe Jaime (1825-1901), était aussi dramaturge.
43 - Augustin-Théodore de Lauzanne de Vauroussel (1805-1877) a collaboré avec Duvert et parfois aussi Xavier à des dizaines de pièces.
44 - Philippe-François Pinel, dit Philippe Dumanoir ou Dumanoir (1806-1865) a surtout écrit des vaudevilles.
45 - Auguste Anicet-Bourgeois dit Anicet-Bourgeois ou Anicet (1806-1871) a, selon Wikipédia, contribué à l'écriture de près de 200 pièces de théâtre, sans que la nature de ses contributions soit toujours évidente à déterminer, ce qui était passablement la norme à cette époque et dans ce milieu.
46 - Michel Delaporte (1806-1872), qui était aussi lithographe et caricaturiste, a écrit des dizaines de pièces en collaboration, alors qu'il était devenu aveugle.
47 - Théodore Cogniard (1806-1872) et Hippolyte Cogniard (1807-1882) étaient des auteurs dramatiques et des directeurs de théâtre à qui, selon Wikipédia, on doit un nombre incalculable de vaudevilles, revues, féeries et opérettes et qui collaborèrent notamment avec Offenbach, de Kock, Crémieux, Clairville et Siraudin.
48 - Félix Dutertre de Véteuil (1806-1877) a écrit une trentaine de pièces, le plupart en collaboration.
49 - Eugène Moreau (1806-1877) a écrit une soixantaine de pièces, la plupart en collaboration, surtout avec Siraudin, Delacour, Dumanoir et Labiche.
50 - Xavier Marcel Jean-Baptiste Vérat dit Xavier Veyrat ou Xavier (1807-1876) a moins écrit que ses confrères, mais quand même une vingtaine de pièces.
51 - Saint-Yves (1808-1871) a écrit plus de cent pièces, plusieurs en collaboration avec Labiche, Clairville, Dumanoir et même Paul Féval et Xavier de Montépin.
52 - Pierre-Eugène Basté dit Eugène Grangé (1810-1887), surnommé le Scribe du boulevard du Temple, aurait écrit environ 350 pièces de théâtre et 300 chansons, car il était aussi librettiste et chansonnier, membre du Caveau.
53 - Eugène Cormon (1810-1903), auquel on doit César Birotteau avec Lagrange et Honoré de Balzac (1838), Les Deux Orphelines avec Adolphe d'Ennery (1874), ainsi que de nombreux livrets d'opéra.
54 - Louis-François-Marie Nicolaïe dit Clairville (1811-1879) était un poète, un chansonnier membre du Caveau et un auteur dramatique ayant beaucoup collaboré avec Jules Cordier et Dumanoir.
55 - Marc-Michel (1812-1868) a écrit une centaine de pièces, mais a surtout été le collaborateur d'Eugène Labiche, notamment pour Un chapeau de paille d'Italie (1851).
56 - Pierre-Paul-Désiré Siraudin (1812-1883) a surtout écrit des comédies, plusieurs avec Alfred Delacour et Lambert-Thiboust, mais son plus grand succès, l'opéra-comique La Fille de Madame Angot (1872), a été écrit en collaboration avec Clairville et Victor Koning sur une musique de Charles Lecocq.
57 - Édouard Brisebarre (1815-1871) a écrit une centaine de pièces, plusieurs avec Eugène Nus.
58 - Jules Moinaux (1815-1895), qui était le père de Georges Courteline, a surtout écrit de nombreux vaudevilles et opéras-bouffes, notamment pour Offenbach.
59 - Eugène Nus (1816-1894) a écrit de nombreuses pièces, plusieurs avec Édouard Brisebarre ou Adolphe Belot.
60 - Si Ferdinand Dugué (1816-1913) a été poète, il était surtout auteur dramatique, seul ou en collaboration, souvent avec Anicet-Bourgeois ou Adolphe d'Ennery.
61 - Pierre-Alfred Lartigue dit Alfred Delacour (1817-1883) a écrit environ 175 pièces, surtout des vaudevilles, et jusqu'à dix en 1853 seulement.
62 - Adolphe Choler (1822-1889) est l'auteur, presque toujours en collaboration, de plus de cinquante pièces.
63 - Louis Théodore Barrière (1823-1877) a à son crédit, seul ou en collaboration, une liste impressionnante de pièces, drames et vaudevilles, dont je retiendrai La Vie de bohème, écrite en collaboration avec Henry Murger.
64 - Édouard Martin (1825-1868) a été un des principaux collaborateurs d'Eugène Labiche, avec lequel il a notamment écrit Le Voyage de monsieur Perrichon (1860), et a aussi collaboré avec Albert Monnier et Paul Siraudin.
65 - Pierre-Antoine-Auguste Thiboust dit Lambert-Thiboust (1827-1867) aurait écrit une centaine de pièce, la plupart avec une longue liste de collaborateurs, où on retrouve souvent Delacour et Clairville.
66 - Edmond Gondinet (1828-1888) aurait écrit une quarantaine de pièces, notamment en collaboration avec Eugène Labiche et Alphonse Daudet, comme Le Plus Heureux des trois (1870 avec Labiche), Club (1877 avec Félix Cohen) et L'Alouette (1881 avec Albert Wolf).
67 - Émile de Najac (1828-1889) s'est surtout intéressé à la comédie et au théâtre lyrique, et sa pièce la plus fameuse est Divorçons (1880) écrite en collaboration avec Victorien Sardou.
68 - Hector-Jonathan Crémieux (1828-1892), auteur dramatique et librettiste, a écrit de nombreuses pièces, mais encore plus de livrets pour des opéras et des opérettes, notamment en collaboration avec Ludovic Halévy pour Offenbach.
69 - Adolphe Belot (1829-1890) a écrit plusieurs pièces, comme Le Testament de César Girodot, en 1859 et en collaboration avec Edmond Villetard, Les Maris à système (1862), La Vénus de Gordes, en 1867 avec Ernest Daudet, deux adaptations théâtrales de romans d'Alphonse Daudet et de nombreux romans et nouvelles.
70 - Édouard-Jules-Henri Pailleron (1829-1899) a écrit moins que ses confrères, mais a fait la comédie Le Monde où l'on s'ennuie, qui avec plus de 1000 représentations est parmi les pièces les plus populaires du siècle.
71 - Alfred Hennequin (1842-1887) est l'auteur de "vaudevilles structurés" appelés "hennequinades" ayant entre autres inspiré Georges Feydeau.
72 - Paul Delair (1842-1894) a été, selon Wikipédia, auteur dramatique, poète, chansonnier et romancier et parmi ses pièces on trouve Les Rois en exil écrite en collaboration avec Alphonse Daudet.
73 - Alphonse Lemonnier (1842-1907) a écrit environ quarante-cinq pièces, mais a aussi été journaliste, romancier, chansonnier et directeur de théâtre, ce qui doit aider à placer ses pièces.
74 - Albert de Saint-Albin (1843-1901) n'aurait écrit qu'une douzaine de pièces, parfois en collaboration avec des gens comme Hector Crémieux, Alfred Hennequin ou Edmond Gondinet, incluant des opérettes pour Jacques Offenbach et Charles Lecocq, mais il était aussi journaliste et chansonnier.
75 - Alexandre Bisson (1848-1912) a écrit une quarantaine de vaudevilles, notamment Un voyage d'agrément (1881), avec Edmond Gondinet, et Madame X (1910) qui a connu le succès à Paris et Broadway avec Sarah Bernhardt.
76 - Pierre Decourcelle (1856-1926) a écrit des drames et des comédies, dont L'Abbé Constantin (1882) avec Hector Crémieux, Gigolette (1893) avec Edmond Tarbé des Sablons et Sherlock Holmes (1907).
77 - Selon l'étude Les théâtres et leurs publics Paris, Berlin et Vienne 1860-1914 de Christophe Charle, il semble qu'en 1874 Paris avait 40 théâtres. Les années de 1880 à 1900 sont des années difficiles et le nombre de théâtres à Paris oscille entre 26 et 36, ce qui, selon Charle, nous donne environ trente-sept mille places. Si on suppose 250 représentations par année, ça donne plus de neuf millions de billets à vendre annuellement pour - selon Wikipedia - une population d'environ 2.5 millions.
78 - William-Bertrand Busnach (1832-1907) a écrit plusieurs dizaines de pièces, mais est surtout fameux pour avoir mis Émile Zola sur scène. Il a aussi écrit le livret de Pomme d’api pour Offenbach et quelques romans.
79 - François de Curel (1854-1828) a écrit des pièces inspirées d'Ibsen, de Strindberg ou de Tchékhov, quelques romans et a été membre de l'Académie française.
80 - Au théâtre, Georges de Porto-Riche (1849-1930) a surtout écrit des comédies psychologiques, mais aussi quelques drames historiques.
81 - Henri Lavedan (1859-1940) a surtout écrit des comédies, mais aussi quelques drames à saveur historique ou psychologique.
82 - Léon Gandillot (1862-1912), qui était le neveu d'Hector Crémieux, a connu le succès avec ses vaudevilles qu'il écrivait seul, mais il a aussi écrit du théâtre sérieux, de la poésie, des nouvelles, un roman et collaboré au journal du Chat Noir, notamment comme rédacteur en chef.

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Si on voulait faire la liste des plus populaires pièces françaises du dix-neuvième siècle, à côté d'Un chapeau de paille d’Italie d'Eugène Labiche (1851), du Cyrano de Bergerac d'Edmond Rostand (1897) et de La Puce à l'oreille de Georges Feydeau (1907), il faudrait mettre des pièces que nous ne verrons probablement jamais, comme L'Auberge des Adrets de Benjamin Antier, Saint-Amant et Polyanthe (1823), Adrienne Lecouvreur d'Eugène Scribe et Ernest Legouvé (1849), La Fille de Madame Angot, un opéra-comique de Clairville, Paul Siraudin et Victor Koning (1872), Le Monde où l'on s'ennuie d'Édouard Pailleron (1881) ou Le Maître de Forges de Georges Ohnet (1883), qui ont toutes à leur époque tenu l'affiche pour des centaines de représentations, parfois plus de mille, et qui ont fait la fortune et la gloire de leurs auteurs, gloire aujourd'hui bien oubliée.

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Au vingtième siècle — que les puristes du dix-neuvième ferment les yeux! — le théâtre français va continuer sur ses deux lancées. D'un côté, le théâtre d'auteur, littéraire et souvent sérieux, d'Antonin Artaud, Jean Giraudoux, Jean Genet, Eugène Ionesco, Samuel Beckett, Jean Anouilh, Arthur Adamov, François Billetdoux et Jean-Paul Sartre est préservé dans l'histoire littéraire. À ceux-ci nous pourrions ajouter des écrivains souvent considérés d'avant-garde à leur époque, dont l'histoire littéraire n'a peut-être pas retenu les noms, mais l'histoire du théâtre peut-être bien, des gens comme Georges Neveux, Steve Passeur, Roger Vitrac ou Claude-André Puget. De l'autre côté, le théâtre de boulevard, représenté par Sacha Guitry, Jacques Deval, Louis Verneuil, Roger Ferdinand, Marcel Achard, le duo Barillet et Grédy, André Roussin, Marc Camoletti, Jean Poiret, Robert Thomas et Francis Veber, va remplir les salles et être souvent à peu près oublié. Je ne sais trop de quel côté placé Jules Romains, Marcel Pagnol et Armand Salacrou.



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