Claretie n'aimait pas les décadents. Il laisse ici libre court à son antipathie lors de la publication des Déliquescences d'Adoré Floupette. Il ne manque cependant pas de laisser poindre son admiration pour les militaires… … Pauvre humanité! Elle n'est pas en hausse parmi les jeunes gens. Ni elle, ni la vie elle-même. La vie n'est plus de mode aujourd'hui, écrit ironiquement un nouveau venu, très éloquent, M. Fuster1. Méditez bien cette parole qu'un homme jette, comme un reproche, à la tête de ses contemporains. Le pessimisme, l'indifférentisme, le dandysme et, pour inventer un nouveau barbarisme en isme, le décadentisme envahissent décidément les jeunes têtes. Le taedium vitae, ce choléra intellectuel, fait des ravages qui redoublent. ... Le ton satanique n'est plus à l'ordre du jour; mais le soupir lassé, la tristesse exquise et la morbidesse dans l'ennuie, voilà ce qui plaît aux galants et charmants décadents de l'heure présente. Ils sont malheureux sans cause et désillusionnés sans raison. Ils détestent la vie simplement parce qu'ils la possèdent. ... Mais ce qui va, je pense, porter un coup droit aux pessimistes, aux décadents, aux affolés d'exquisités maladives, c'est — eh! mon Dieu, c'est ce qui tue tous les ridicules, en France, et toutes les tyrannies, c'est un pamphlet, un pamphlet en vers, un tout petit livre d'une trentaine de pages « imprimé à Byzance », et portant ce titre: les Déliquescences d'Adoré Floupette, poète décadent. Ce que le Parnassiculet contemporain de Daudet et de Vive le son railleur du fifre gaulois qui vient siffler ses décadences! Car c'est une parodie, ces Déliquescences d'Adoré Floupette, c'est une charge, une satire, une caricature, le pied de nez du gamin de Paris jeté au carnaval des sentiments frelatés et des exquisités ou des dolences factices. Brave adoré Floupette! Il n'existe pas; c'est un pseudonyme et, me dit-on, le pseudonyme collectif de deux hommes d'esprit, de deux poètes de talent2. Mais comme il se moque bravement et gaiement des byzantins qui communient sous les espèces de Schopenhauer et regrettent, comme un paradis perdu, les sensations douces que devaient éprouver — devinez qui? — les énervés de Jumiègues!.. O doux énervés,s'écrie plaisamment Adoré Floupette. Et d'autres que lui prendraient l'élégie au sérieux! ... La vie n'est plus à la mode! Qu'en dirait un Dominé3 qui a, là-bas, si vaillamment défendu la sienne? Mais, si la vie est démodée, le rire et la satire ne le sont pas. Et vive Adoré Floupette qui — le maraud! — parle avec tant d'irrévérence des dieux du jour, Hartmann4 et Schopenhauer! Jules Claretie 1 - Il s'agit peut-être de Charles Fuster (1866-1929), poète, critique littéraire et romancier suisse. |
Retour à Jules Claretie
Retour à La Vie à Paris
Vers la page d'accueil